Prix de l’électricité, renouvelables, réseaux : la CRE chiffre les nouveaux équilibres du système électrique français
Prix plus volatils, développement des renouvelables, fin de l’ARENH, poids croissant des réseaux : le nouveau rapport de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) chiffre les mutations du système électrique français. Pour les entreprises, le profil de consommation et le moment de l’achat pèsent désormais tout autant que le prix moyen du MWh pour expliquer la facture énergétique.
Le système électrique français change de visage. Le dernier rapport publié par la Commission de régulation de l’énergie sur l’Économie du système électrique français permet d’en prendre la mesure, chiffres à l’appui.
Des prix de l’électricité beaucoup plus contrastés
En 2025, le marché a enregistré 513 heures de prix négatifs et 1 807 heures à 100 €/MWh ou plus. En moyenne annuelle, entre 2010 et 2020, seules 179 heures avaient été négatives et 606 heures dépassaient ce seuil.
Cette volatilité s’explique par le nouveau mix de production : quand nucléaire et renouvelables produisent simultanément beaucoup, l’offre dépasse la demande ; à l’inverse, des moyens de production plus coûteux sont sollicités lors des pics de consommation. Conséquence directe : le prix moyen annuel devient moins représentatif. Deux entreprises consommant le même volume peuvent payer des montants très différents selon leur profil horaire, leur saisonnalité et les conditions d’achat de leurs volumes.
Le renouvelable fait baisser les prix, mais pas tous les coûts
Selon les simulations de la CRE, les capacités renouvelables installées depuis 2020 auraient fait baisser le prix moyen du marché d’environ 20 €/MWh en 2025. En tenant compte du profil réel de consommation, l’effet capté par les consommateurs est estimé à 16,1 €/MWh, soit environ 8 milliards d’euros sur l’année.
Ce bénéfice ne couvre cependant pas l’ensemble des coûts : financement des installations, raccordement et renforcement des réseaux entraîneraient une hausse d’environ 5 % des coûts complets du système par rapport à un parc resté au niveau de 2020. Une baisse sur le marché de gros peut donc coexister avec une hausse de certains coûts structurels.
Après l’ARENH, le moment d’achat devient déterminant
Le prix observé sur le marché spot n’est pas toujours celui payé par l’entreprise : une partie des volumes est sécurisée à l’avance sur les marchés à terme. Pour 2025, la CRE retient ainsi un prix moyen de 81 €/MWh pour une stratégie d’achat lissée sur un an, supérieur au prix spot moyen.
Ce point gagne en importance depuis la fin de l’ARENH, le 31 décembre 2025 : la CRE raisonne désormais sur un approvisionnement intégralement réalisé sur les marchés de gros. Pour les entreprises, l’enjeu n’est donc plus seulement de suivre le niveau des prix, mais de décider quand acheter, quelle part des volumes couvrir et sur quel horizon.
La flexibilité, nouveau levier économique
La CRE insiste aussi sur la nécessité de mieux faire correspondre production et consommation, via l’électrification des usages et le développement de la flexibilité : décaler certaines consommations, piloter différemment certains équipements, synchroniser une production locale avec les besoins du site, valoriser les périodes d’effacement via le mécanisme de capacités.
Pour les sites qui en ont la capacité, les écarts de prix horaires deviennent un levier économique, à condition d’identifier les usages réellement pilotables.
Ce que cela change pour les entreprises
Avant toute renégociation de contrat, plusieurs questions s’imposent : quelle part des volumes est déjà couverte, et jusqu’à quand ? Quelle consommation reste exposée au marché ? Le site dispose-t-il d’usages pilotables ? Un projet de photovoltaïque, de stockage ou d’électrification modifie-t-il le profil de consommation attendu ?
Le rapport de la CRE confirme une évolution de fond : achat d’énergie, maîtrise des consommations, production locale et flexibilité doivent désormais être pensés comme les composantes d’une même stratégie énergétique.
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