Bilan OPERAT : vos bâtiments sont-ils vraiment sur la bonne trajectoire ?
La baisse de 26 % des consommations d’énergie déclarées dans le tertiaire confirme une dynamique réelle, mais elle ne suffit pas à conclure que tous les bâtiments sont sur une bonne trajectoire. Pour les entreprises, le dernier bilan OPERAT doit surtout servir à identifier les sites prioritaires, sécuriser la conformité au décret tertiaire et relier les économies d’énergie aux décisions budgétaires et contractuelles.
Avec son rapport OPERAT : Bilan des déclarations 2024-2025, mis en ligne le 19 mai 2026, l’ADEME actualise les premiers enseignements de 2024 à partir des déclarations validées au 31 janvier 2026. Ce point d’étape institutionnel intervient à quatre ans de la première échéance du dispositif Éco Énergie Tertiaire, fixée à 2030.
Pour rappel, l’objectif 2030 ne se résume pas nécessairement à une baisse uniforme de 40 % pour chaque bâtiment. Le dispositif prévoit deux voies de conformité : soit une réduction de la consommation d’énergie finale par rapport à une consommation de référence, soit l’atteinte d’un niveau de consommation fixé en valeur absolue selon la catégorie d’activité.
Le principal enseignement chiffré porte sur la baisse des consommations déclarées. Sur le périmètre des bâtiments engagés dans OPERAT, la consommation d’énergie finale ajustée du climat diminue d’environ 26 % entre la consommation de référence déclarée, généralement choisie sur une année comprise entre 2010 et 2019, et l’année 2024. La baisse atteint également 7 % entre 2022 et 2024.
Ce résultat est important, mais il doit être interprété avec prudence. Il concerne les bâtiments ayant effectivement déclaré leurs données dans OPERAT, et non l’ensemble du parc tertiaire français. Le taux de remplissage global de la plateforme OPERAT est aujourd’hui estimé entre 50 % et 60 % du parc assujetti. Autrement dit, ce bilan OPERAT confirme une dynamique engagée, mais il ne permet pas d’en déduire une maturité homogène de l’ensemble du parc tertiaire.
Bilan OPERAT : passer d’une lecture statistique à une lecture opérationnelle
Sont notamment concernés les bâtiments, parties de bâtiments ou ensembles de bâtiments existants hébergeant des activités tertiaires sur une surface de plancher cumulée supérieure ou égale à 1 000 m². L’obligation concerne les propriétaires et, le cas échéant, les preneurs à bail, chacun pour les actions relevant de ses responsabilités.
Pour les entreprises concernées, l’enjeu n’est donc pas seulement de constater une tendance nationale favorable. La vraie question est plus opérationnelle : chaque bâtiment est-il correctement déclaré, suivi dans la durée et aligné avec les objectifs 2030, 2040 et 2050 du dispositif Éco Énergie Tertiaire ? Cette vérification doit intégrer la déclaration annuelle des consommations sur OPERAT. Les données relatives à l’année précédente doivent être transmises chaque année au plus tard le 30 septembre, sauf évolution du calendrier réglementaire ou consigne spécifique de la plateforme.
Le document confirme aussi la montée en puissance d’OPERAT. Depuis le précédent bilan 2022-2023, les déclarations validées ont progressé de 52 %. Au 31 janvier 2026, plus de 1,145 million de déclarations de consommation avaient été validées, correspondant à près de 340 000 bâtiments assujettis ou équivalents.
Cette progression renforce l’intérêt de la plateforme comme base de suivi. Mais elle ne remplace pas l’analyse interne que chaque entreprise doit mener pour hiérarchiser ses sites, ses écarts et ses actions.
OPERAT fournit des données, pas une stratégie énergétique
Une déclaration OPERAT constitue une base réglementaire et technique de suivi, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à définir une stratégie énergétique. Les données doivent ensuite être transformées en trajectoire, en plan d’actions et en arbitrages de gestion.
L’autre enseignement fort concerne l’évolution du mix énergétique. La part de l’électricité dans la consommation déclarée progresse de 54 % à 61 % entre la période 2010-2019 et 2024. Dans le même temps, la part du gaz recule de 37 % à 29 %.
Cette évolution accompagne le mouvement d’électrification voulu par les pouvoirs publics. Elle appelle aussi une vigilance nouvelle sur les conditions de fourniture, les puissances souscrites et les profils de consommation.
L’électrification réduit certains risques, mais en crée d’autres
Réduire la consommation de gaz peut améliorer la trajectoire carbone et limiter certaines dépendances fossiles. Mais électrifier davantage les usages suppose de revoir la puissance souscrite, les profils de consommation, les contrats de fourniture, les capacités de pilotage et, dans certains cas, les investissements électriques du site.
Le risque n’est donc pas uniquement réglementaire : une électrification mal anticipée peut déplacer la facture vers la puissance souscrite, les pointes de consommation ou des clauses contractuelles moins favorables.
Cet effet n’est toutefois pas automatique : il dépend du profil de consommation du site, de la puissance souscrite, des périodes tarifaires, du contrat de fourniture, de la capacité de pilotage des usages et, le cas échéant, des conditions d’acheminement applicables. La CRE a notamment intégré dans le TURPE 7 des évolutions liées aux usages électriques, aux heures creuses et aux besoins du réseau sur la période tarifaire ouverte en 2025.
Le bilan OPERAT 2026 indique également une baisse de 32 % des émissions de gaz à effet de serre sur le périmètre correspondant aux déclarations. Selon l’ADEME, près de la moitié des entités fonctionnelles assujetties déclarées atteindraient déjà l’objectif 2030 sur le périmètre des données remontées dans OPERAT. Pour les acteurs les plus avancés, l’enjeu devient alors de consolider les gains et d’éviter les effets de rebond. Pour les autres, l’écart à la cible doit désormais être chiffré et priorisé.
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Prioriser les bâtiments selon leur exposition réelle
Pour piloter efficacement leur trajectoire, les entreprises peuvent classer leurs bâtiments en quatre catégories :
- sites déjà conformes à la trajectoire 2030
- sites proches de la cible
- sites en retard mais avec actions simples identifiées
- sites à risque nécessitant des investissements lourds ou une revue d’usage
Pour certains sites, l’analyse doit aussi vérifier si une modulation des objectifs est envisageable ou déjà documentée, par exemple en cas de contraintes techniques, architecturales ou patrimoniales, de changement d’activité, de variation du volume d’activité ou de coûts manifestement disproportionnés. Ces modulations supposent des justificatifs et, selon les cas, un dossier technique.
Cette segmentation évite une approche uniforme, souvent inefficace. Elle permet de concentrer les moyens sur les bâtiments qui combinent retard réglementaire, forte consommation, exposition prix ou contraintes techniques.
Pour les entreprises multisites, c’est un point clé. Une vision consolidée peut masquer des situations très contrastées. Le pilotage doit alors descendre à l’échelle du bâtiment : que faut-il corriger, combien cela coûte-t-il, quel gain attendre, et dans quel calendrier ?
Relier conformité, budget et contrats d’énergie
Le décret tertiaire doit aussi être relié aux décisions d’achat d’énergie. Un bâtiment peut réduire sa consommation globale tout en restant exposé à certains postes de facture : abonnement, puissance appelée, saisonnalité, indexation, heures pleines, flexibilité ou clauses contractuelles.
À l’inverse, une bonne maîtrise des données de consommation peut renforcer la capacité de négociation lors d’un renouvellement de contrat.
Les données OPERAT doivent donc alimenter un tableau de bord associant conformité, consommation, trajectoire carbone, budget énergie et échéances contractuelles. Ce tableau de bord doit être mis à jour annuellement, mais utilisé dans les arbitrages tout au long de l’année.
Faire du décret tertiaire un outil de pilotage
La conformité au décret tertiaire ne se joue donc pas uniquement dans la déclaration annuelle. Elle doit aussi anticiper les conséquences d’un défaut de déclaration ou d’un non-respect non justifié des objectifs. En cas de manquement, le préfet peut engager une procédure de mise en demeure, demander un programme d’actions et, en dernier ressort, prononcer une amende administrative pouvant atteindre 1 500 € pour une personne physique et 7 500 € pour une personne morale.
Elle dépend de la capacité de l’entreprise à transformer ses données en décisions : priorisation des sites, choix d’actions, suivi des gains et anticipation des impacts sur la facture.
La prochaine étape consiste donc à identifier les bâtiments en écart, mesurer l’impact budgétaire des actions nécessaires et vérifier que les contrats d’énergie restent cohérents avec l’évolution des usages.
Avec PEP’S, Alliance des Énergies accompagne les entreprises :
- dans le suivi de leurs consommations
- la comparaison de leurs sites
- l’identification des écarts à leur trajectoire énergétique et carbone
Vous souhaitez savoir quels bâtiments concentrent vos principaux écarts à la trajectoire 2030 ? Nos équipes peuvent vous aider à transformer vos données énergie en plan de pilotage opérationnel.