Compteur C4, C5, C1, C2, C3 : comprendre sa classe de compteur d’électricité professionnel
Sur votre facture ou dans votre contrat, une lettre suivie d’un chiffre (compteur C4, C5, C2) désigne la classe de votre point de livraison. Ce n’est pas un code administratif anodin. Cette classification, définie par Enedis, conditionne le type de comptage, le tarif TURPE applicable et la qualité des données à votre disposition pour piloter votre consommation. Voici ce que chaque classe signifie et implique concrètement.
Les 5 classes de compteurs professionnels : à quelle catégorie appartenez-vous ?
La classification C1 à C5 ne se choisit pas. Elle découle de la réalité technique de votre raccordement : domaine de tension (HTB, HTA, basse tension) et, pour les sites HTA, type de mesure de la courbe de charge. C’est Enedis qui détermine la classe de votre point de livraison (pas votre fournisseur, ni votre contrat). Le seuil indicatif d’un raccordement en HTA est de 250 kVA. En dessous, c’est la basse tension — et donc C4 ou C5.
Concrètement, une entreprise qui gère plusieurs sites peut très bien cumuler trois classes différentes. Une usine principale raccordée en HTA à 550 kVA sera en C2 ; son entrepôt logistique raccordé en BT à 120 kVA sera en C4 ; son bureau administratif à 18 kVA sera en C5. Chaque point de livraison a sa propre classe, son propre TURPE, ses propres données de comptage. Le tableau ci-dessous résume les cinq classes. Les sections suivantes expliquent ce que chacune implique concrètement pour votre TURPE et vos données.
Les 5 classes de compteurs d’électricité professionnels
| Classe | Tension | Critère principal | Type de comptage | Profil type |
| C1 | HTB | Très grande puissance (CARD) | Courbe de charge mesurée — pas 10 min | Grande industrie lourde (sidérurgie, chimie, ciment) |
| C2 | HTA | Courbe de charge mesurée | Courbe de charge mesurée — pas 10 min | Industrie lourde, grands hôpitaux, grandes collectivités |
| C3 | HTA | Courbe réelle (post-2022) | Courbe de charge mesurée — pas 10 min (depuis 31/12/2022) | Industries intermédiaires, grands ERP raccordés en HTA |
| C4 | BT >36kVA | Puissance > 36 kVA | Courbe de charge mesurée — pas 10 min (PME-PMI) | PME, EHPAD, ERP, commerces moyens |
| C5 | BT ≤36kVA | Puissance ≤ 36 kVA | Index journalier — télérelève J-1 (Linky) | TPE, artisans, petits bureaux, petits commerces |
Source : Enedis / TURPE 7 CRE (en vigueur 1er août 2025)
Ce que votre classe change sur le TURPE et votre contrat
Le TURPE (Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité) est la composante de votre facture qui rémunère l’acheminement. Ce n’est pas la part la plus visible, mais c’est souvent celle qu’on optimise le moins. Elle n’est pas négociable dans sa structure : elle est fixée par la CRE et s’applique selon votre domaine de tension et votre classe.
Le TURPE 7 est en vigueur depuis le 1er août 2025 (délibération CRE n°2025-78, publiée au JO le 14 mai 2025). C’est la version actuellement applicable.
Votre classe détermine directement à quelle grille vous êtes rattaché :
- Sites HTA — C2, C3 — : TURPE HTA, avec ses propres composantes de soutirage et de gestion
- Sites BT > 36 kVA — C4 — : TURPE BT > 36 kVA, dans lequel la puissance souscrite est un paramètre central
- Sites C5 : TURPE BT base ou heures pleines/heures creuses
Les valeurs tarifaires précises du TURPE 7 évoluent annuellement, elles ne sont pas reproduites ici. Pour une analyse site par site, la référence est la grille Enedis en vigueur ou une étude personnalisée.
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Télérelève et données de comptage : ce à quoi vous avez réellement accès
La classe de compteur détermine aussi la qualité des données de consommation disponibles, et donc votre capacité à piloter votre profil de soutirage.
C1 et C2 : courbe de charge mesurée, données au réel
Ces sites disposent d’une courbe de charge mesurée en continu, avec une granularité de 10 minutes. Les données sont accessibles via l’espace professionnel Enedis ou intégrables dans des outils de monitoring. C’est le niveau de précision maximal pour analyser les pics, ajuster la puissance disponible ou construire une trajectoire de flexibilité.
C3 (HTA) : courbe de charge profilée
La définition officielle Enedis du C3 repose sur une reconstitution des flux via profilage — un profil standard HTA reconstruit, distinct de la mesure individuelle du site. C’est historiquement ce qui distinguait C2 de C3.
Mais cette distinction est désormais largement révolue. La délibération CRE du 26 septembre 2019 a fixé un calendrier de bascule : les sites HTA supérieurs à 110 kW ont basculé en traitement par courbe de charge réelle dès le 2 janvier 2021. Les autres sites HTA devaient suivre au plus tard le 31 décembre 2022. En 2026, un site HTA ne devrait plus être traité par profilage dans le cadre nominal de la reconstitution des flux — il se rapproche donc du fonctionnement C2 sur ce plan.
Point de vigilance : si une facture ou un export fournisseur mentionne encore « C3 » en 2026, il peut s’agir d’un libellé historique, d’un cas spécifique lié à une ELD, ou d’un segment contractuel non mis à jour. Cela mérite vérification.
Compteur C4 (BT > 36 kVA) avec courbe de charge réelle
Beaucoup de gestionnaires de sites C4 pensent ne pas avoir accès à des données granulaires. C’est inexact. Le compteur C4 enregistre bien une courbe de charge à pas de 10 minutes. Ces données sont accessibles au client et au fournisseur.
Sur le plan réglementaire, le sujet est tranché. Même calendrier que pour les sites HTA : les compteurs C4 supérieurs à 110 kW ont basculé dès le 2 janvier 2021 ; l’ensemble des sites BT > 36 kVA a suivi au plus tard le 31 décembre 2022. En 2026, les volumes transmis aux fournisseurs et responsables d’équilibre sont fondés sur les consommations qui sont mesurées, et non sur des profils moyens. Ce qui peut varier selon les contrats, c’est la périodicité et les modalités de facturation, pas la base de calcul des volumes.
En pratique, un entrepôt logistique à 120 kVA en BT (C4) dispose de données de courbe de charge exploitables. Analyser ces données pour ajuster la puissance du compteur, c’est une économie directe sur le TURPE, sans délai ni travaux.
C5 (BT ≤ 36 kVA) : télérelève Linky J-1
La télérelève est quotidienne, avec un décalage d’un jour. Les données sont accessibles via Enedis sur demande. Il n’y a pas de granularité horaire systématique par défaut.
Données de comptage selon votre classe : ce à quoi vous avez accès
| – | C1/C2 Courbe de charge mesurée | C3 HTA — courbe réelle depuis 2022 | C4 PME-PMI avec courbe 10 min |
| Type de relevé | Mesure individuelle | Courbe de charge réelle | Mesure automatique compteur PME-PMI |
| Granularité | Oui (10 min) | Oui (10 min) | Oui (10 min) |
| Base des volumes | Consommations mesurées | Consommations mesurées (depuis 31/12/2022) | Consommations mesurées (depuis 31/12/2022) |
| Usage typique | Pilotage fin, ajustement puissance souscrite, flexibilité | Pilotage, fonctionnement équivalent à C2 pour la reconstitution des flux | Analyse des pics, ajustement puissance souscrite |
C5 Linky : télérelève J-1, données accessibles sur demande, sans granularité horaire systématique
Les erreurs les plus fréquentes — et comment les éviter
Sur ce sujet, cinq erreurs reviennent régulièrement, et chacune a un coût concret, sur le TURPE ou sur la qualité de l’analyse.
- Confondre la classe de compteur avec le choix du fournisseur. La classe C1 à C5 ne dépend pas du fournisseur choisi et ne change pas lors d’une mise en concurrence.
- Croire que C4 n’a pas de données de comptage exploitables. C’est inexact depuis la généralisation du compteur C4 communicant. La courbe existe. Elle est accessible. Mais elle dort souvent faute d’outil ou d’habitude. C’est un levier direct avant tout renouvellement de contrat.
- Regrouper C3 et C4 dans une même analyse de coût. C3 est HTA. Le compteur C4 est BT. Ce ne sont ni les mêmes composantes TURPE, ni les mêmes options tarifaires, ni la même structure de facturation. Regrouper les deux dans un tableau de comparaison de coût, c’est comparer des éléments qui ne sont pas comparables.
- Négliger le poids du TURPE. Quelle que soit la classe, le TURPE représente une part significative de la facture finale, souvent entre 25 et 35 %. C’est la part non négociable dans sa structure, mais les options tarifaires (puissance du compteur, horosaisonnalité) peuvent être ajustées. Un écart de puissance souscrite mal calibrée se répercute directement sur le TURPE payé.
- Supposer que la classe indiquée sur le contrat est encore la bonne. Si un site a changé d’usage, augmenté sa puissance ou modifié son installation depuis la dernière révision contractuelle, la classe peut ne plus refléter la réalité technique. Une vérification sur le site web Enedis prend quelques minutes.
Votre classe ne correspond plus à votre profil : les bons leviers
Trois leviers existent, mais ils ne sont pas interchangeables. Choisir le mauvais peut conduire à engager des travaux inutiles :
- Pour les sites C5, si la consommation dépasse régulièrement les seuils BT ≤ 36 kVA, un passage en compteur C4 peut être envisagé. C’est une démarche à initier auprès d’Enedis, techniquement simple comparée aux autres évolutions.
- Pour les sites C4, le levier prioritaire n’est pas un changement de classe mais une meilleure exploitation des données PME-PMI existantes. Analyser la courbe de charge pour ajuster e dimensionnement du compteur peut générer des économies directes sur le TURPE, sans aucun changement d’équipement ni de raccordement.
- Un passage de C4 (BT) vers C3 ou C2 (HTA) implique un changement de raccordement BT → HTA. C’est une opération technique lourde : génie civil, instruction Enedis, délais et coûts significatifs. Elle est réservée aux sites dont les besoins en puissance ont structurellement évolué au-dessus du seuil HTA. Ce n’est pas une démarche administrative courante. Dans ce contexte, une erreur de diagnostic coûte cher : confondre « optimiser son comptage C4 » avec « passer en HTA » conduit à engager des travaux inutiles.
Dans tous les cas, pour optimiser votre compteur, une étude sans engagement peut permettre d’identifier les ajustements concrets à engager.
Checklist — les questions à poser avant votre prochain contrat
- Connaissez-vous la classe de compteur de chacun de vos sites ? L’avez-vous vérifiée sur votre facture ou sur l’espace professionnel Enedis ?
- Pour vos sites avec compteur C4 : les données de courbe de charge ont-elles déjà servi à réviser la puissance souscrite — ou sont-elles disponibles sans être lues ?
- Pour vos sites C2 ou C3 : les données de comptage sont-elles intégrées dans un outil de suivi, ou simplement archivées sans analyse ?
- Avez-vous distingué vos sites BT (C4, C5) de vos sites HTA (C2, C3) dans vos analyses de coût TURPE ?
- Votre consultant énergie a-t-il connaissance de la classe exacte de chacun de vos points de livraison ? A-t-il adapté ses préconisations en conséquence ?