Baisse de la CTA : l’arbre qui cache la forêt ?
Le gouvernement annonce une baisse de 25 % de la CTA au 1er février 2026. Une mesure technique, automatique, qui allégera les factures d’électricité de quelques dizaines d’euros par an pour la plupart des professionnels. Mais l’écho médiatique de cette annonce soulève une question intéressante : pourquoi une mesure aussi marginale occupe-t-elle autant l’espace public ?
Ce qui change concrètement
La Contribution Tarifaire d’Acheminement — cette taxe qui finance les retraites des anciens salariés des industries électriques et gazières — va diminuer de 25 %. Concrètement, cela représente environ 5 % de baisse sur la partie abonnement de votre facture.
En valeur absolue : quelques dizaines d’euros par an (30 à 100 € selon la puissance souscrite) pour une TPE ou PME standard, jusqu’à 200 € pour les profils les plus électro-intensifs. Sur une facture annuelle qui oscille entre 3 000 et 15 000 €, l’impact sera de l’ordre de 0,2 à 1 %.
La mesure est positive, automatique, sans démarche à effectuer. Aucune entreprise ne s’en plaindra. Mais l’attention qu’elle suscite interroge.
Un signal d’alerte paradoxal
Quand une annonce concernant 2 % de la facture énergétique génère autant de couverture médiatique et de commentaires, cela révèle quelque chose : le sujet de l’énergie reste largement opaque pour beaucoup d’acteurs économiques.
Non pas que les dirigeants manquent de compétence ou de vigilance. Mais l’énergie professionnelle est un marché complexe, très évolutif, où les référentiels de prix sont difficiles à établir et où la visibilité sur ce qui constitue un « bon » ou un « mauvais » contrat reste limitée.
Résultat : beaucoup d’entreprises savent qu’elles paient l’électricité, mais peu savent réellement si elles le font au juste prix.
Les vrais ordres de grandeur
Si l’on met les choses en perspective, on constate qu’un écart de 2 à 3 centimes par kWh entre deux offres du marché (c’est courant) représente entre 600 et 900 € par an pour une consommation de 30 MWh. Soit 10 à 20 fois l’impact de la baisse de la CTA.
Une puissance souscrite mal calibrée — surdimensionnée de quelques kVA suite à une installation qui a évolué — peut coûter 500 à 800 € d’abonnement superflu chaque année. Année après année, sans qu’aucun signal ne l’indique.
L’échéance d’un renouvellement de contrat peut faire varier la facture du simple au double selon qu’on signe en période de marché tendu ou détendu. Sur un budget de 10 000 €, cela représente potentiellement 30 000 € d’écart sur 3 ans.
Ces écarts ne sont pas théoriques. Ils existent, dans des milliers d’entreprises, sans que personne n’en ait vraiment conscience. Parce qu’il n’y a pas de « prix affiché », pas de ligne « écart vs. marché » sur la facture, pas de benchmark accessible facilement.
Pourquoi cette invisibilité persiste
Plusieurs raisons expliquent cette situation. D’abord, la complexité tarifaire : le prix de l’énergie professionnelle dépend de dizaines de paramètres (puissance, profil horaire, zone géographique, type d’indexation, période de signature…). Il est impossible de comparer deux offres comme on compare deux forfaits téléphoniques.
Ensuite, le temps disponible : les dirigeants de PME ont d’autres priorités opérationnelles. Enfin, l’absence d’urgence perçue : contrairement à un litige fournisseur ou un retard de paiement, un contrat sous-optimal ne déclenche aucune alerte. On paie et on passe à autre chose.
Cette combinaison fait que beaucoup d’entreprises gèrent leur énergie par continuité plutôt que par optimisation. On renouvelle avec le même fournisseur, on accepte la proposition reçue, on ne benchmarke pas systématiquement.
Au-delà du symbole
La baisse de la CTA ne changera rien aux dynamiques de fond du marché de l’énergie. Elle ne protège pas des hausses futures, ne sécurise pas les prix, n’améliore pas la compétitivité structurelle.
Après les chocs de prix de 2022-2023, l’énergie est restée un sujet de préoccupation majeur pour les entreprises. Beaucoup ont vécu des augmentations brutales. Certaines ont dû renégocier dans l’urgence, d’autres subissent encore les effets de contrats signés au pire moment.
Dans ce contexte, une annonce de baisse — même marginale — prend une dimension symbolique. Mais elle pose aussi une question pratique : au-delà de cette mesure ponctuelle, où en est réellement votre situation énergétique ? Votre contrat est-il encore adapté ? Votre puissance correspond-elle à vos usages actuels ? Avez-vous une vision claire de vos échéances et des fenêtres de renégociation ?
Ces questions ne relèvent pas de la paranoïa, mais de la gestion normale d’un poste qui représente souvent le 3e ou 4e budget de l’entreprise après les salaires et les loyers.
L’énergie mérite un regard informé
Le marché de l’énergie a connu des bouleversements considérables ces dernières années. Les variations de prix ont été brutales, les mécanismes de formation des tarifs ont évolué, les offres se sont multipliées et complexifiées.
Dans ce contexte, l’idée qu’on puisse piloter son budget énergétique « au fil de l’eau », sans expertise dédiée et sans veille active, relève de l’optimisme.
Cela ne signifie pas qu’il faille devenir expert en marchés de gros ou en mécanismes de capacité. En revanche, cela souligne l’utilité de disposer d’un regard extérieur, informé, capable de mettre en perspective ce que vous payez par rapport à ce que vous pourriez payer.
La baisse de la CTA économisera peut-être 50 € par an à votre entreprise. C’est toujours ça. Mais si elle vous amène aussi à vous demander où se situent les vraies possibilités d’optimisation de votre facture énergétique, alors son impact dépassera largement cette somme.
Vous vous interrogez sur l’impact réel de la CTA ou sur les opportunités concrètes de réduire durablement votre facture d’électricité ? Contactez nos experts pour une analyse personnalisée de votre contrat et de votre structure de coûts énergétiques.