TRV électricité : qui peut encore y avoir droit et que faut-il anticiper en 2026 ?
Les tarifs réglementés de vente de l’électricité (TRV) constituaient encore récemment un repère rassurant pour les consommateurs. Encadrés par l’État, ils ont cependant vu leur périmètre se réduire au fil de l’ouverture du marché, avant un assouplissement partiel début 2025 pour certaines entreprises. En ce début d’année 2026, de nombreux contrats arrivent à échéance. Rester au TRVE ou basculer vers une offre de marché devient alors une vraie décision, qui mérite d’être posée et anticipée.
Que sont les TRV Électricité aujourd’hui ?
Les TRV nationaux
Les tarifs réglementés de vente de l’électricité sont des prix encadrés par l’État et proposés uniquement par EDF sur l’ensemble du territoire français. Leur finalité initiale était de protéger les consommateurs contre la volatilité des prix et d’assurer leur lisibilité. Leur évolution est encadrée par décret et approuvée par les ministres chargés de l’énergie et de l’économie, sur proposition de la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE).
Auparavant réservés aux consommateurs dont la puissance souscrite était inférieure à 36 kVA, ils bénéficient depuis le 1er février 2025, en France métropolitaine continentale, aux :
- Particuliers et syndicats de copropriétaires d’un immeuble unique
- Entreprises qui emploient moins de 10 personnes et dont le chiffre d’affaires n’excède pas 2 M€.
Ces clients sont éligibles quelle que soit leur puissance souscrite.
Les TRVE sont répartis sur trois niveaux :
- Tarif Bleu pro (≤ 36 kVA ),
- Tarif Jaune pour les puissances > 36 kVA,
- Tarif Vert pour les entreprises raccordées au réseau haute tension.
Les barèmes CRE actifs ont été révisés au 1er août 2025.
Il est ainsi très clair que les TRV ne sont pas des offres de marché et qu’ils ne relèvent pas d’une logique concurrentielle classique.
Zones non desservies par EDF
Sur environ 5 % du territoire français, EDF n’est pas le fournisseur historique. Ce rôle est assuré par des entreprises locales de distribution (ELD). Celles-ci ne proposent pas le TRV d’EDF, mais peuvent appliquer dans leur zone de desserte historique des tarifs réglementés locaux. Ces tarifs sont juridiquement distincts, mais proches dans leur fonctionnement.
Les offres indexées ne sont pas des offres au TRV
De nombreux fournisseurs alternatifs proposent des offres dont le prix suit l’évolution du TRV électricité. Il ne s’agit pas du TRV à proprement parler, mais d’une offre de marché indexée. Le prix peut être inférieur ou supérieur au tarif d’EDF, mais il variera toujours au même moment et dans les mêmes proportions que le tarif réglementé. Toutefois, une offre indexée sur le TRV reste une offre de marché, même si son prix évolue en miroir du tarif réglementé.
Pour mieux décrypter vos factures d’électricité et comprendre les taxes, tarifs et optimiser vos coûts, consultez notre rubrique Vos factures d’énergie.
Être éligible au TRV électricité suffit-il à en faire un choix pertinent ?
Des profils très différents… sous un même cadre réglementaire
Si les critères d’éligibilité aux tarifs réglementés sont principalement d’ordre juridique, les enjeux énergétiques varient, eux, plus par profil d’usage que par statut juridique. Ainsi, deux TPE éligibles peuvent avoir un poids de l’électricité radicalement différent dans leur modèle économique. La part de l’électricité dans leurs charges, leur sensibilité aux variations de prix ou encore leur capacité à absorber une hausse peuvent radicalement diverger. Pour une TPE énergivore, le TRV doit donc être évalué très finement.
Par ailleurs, même une TPE peut être multisite. Elle fait alors face à des profils de consommation différents, des échéances contractuelles décalées et une complexité de pilotage accrue. Si les puissances souscrites sont hétérogènes, il peut être difficile pour elle de raisonner sur une solution unique. L’éligibilité ne garantit donc pas la cohérence d’une stratégie énergétique à l’échelle de l’entreprise.
Enfin, si certaines TPE ont une consommation régulière et prévisible, d’autres subissent des pics, des creux marqués, parfois corrélés aux périodes tarifaires.
Il est alors pertinent de s’interroger sur l’adéquation (ou non) entre la structure tarifaire et l’usage réel et sur les enjeux de lisibilité budgétaire de l’entreprise. Celle-ci peut en effet avoir intérêt à choisir des options ou des flexibilités spécifiques.
En définitive, le tarif réglementé pose un cadre commun, mais les enjeux énergétiques sont profondément différenciés. D’où la nécessité de ne pas raisonner uniquement en termes d’éligibilité TRV.
Les situations où l’éligibilité mérite d’être questionnée
Une entreprise peut être éligible au moment T, mais sortir du périmètre du tarif réglementé à la faveur :
- d’une croissance d’effectif,
- d’une hausse de chiffre d’affaires
- ou d’une structuration en groupe.
Le TRV devient alors un cadre potentiellement temporaire. La question n’est plus “suis-je éligible aujourd’hui ?”, mais “le serai-je encore demain ?” Or une stratégie énergétique ne peut pas reposer sur un statut susceptible d’évoluer rapidement.
Contrats arrivant à échéance
Chaque année, de nombreuses entreprises arrivent à une échéance contractuelle, impliquant une reconduction ou une renégociation implicite. Cette échéance n’impose pas de quitter le TRV. Elle devrait toutefois obliger à se poser la question du maintien, alors que la reconduction est souvent automatique ou peu questionnée. En effet c’est précisément ce caractère “implicite” qui peut transformer l’échéance en non-décision.
Entreprises déjà sous offre indexée au TRV sans le savoir
Il n’est pas rare que des entreprises pensent par erreur être « au tarif réglementé ». En réalité, elles ont une offre de marché présentée comme « indexée sur le TRV », « suivant le TRV » ou exprimée « en pourcentage du TRV ». Or ces offres ont une logique contractuelle très différente du TRV électricité, et n’offrent pas les mêmes garanties réglementaires. Cette confusion fréquente brouille leur lecture des risques, des marges, mais aussi des leviers d’action et empêche toute décision éclairée.
Les limites d’une lecture “passive” du TRV
Le choix d’une offre au TRV implique une forte exposition à un cadre réglementaire évolutif. Le périmètre d’éligibilité peut changer, aussi bien vers un élargissement, comme en 2025, que vers un rétrécissement, comme en 2016. Outre une faible marge de manœuvre contractuelle, cela cantonne la visibilité budgétaire au court terme, au détriment du moyen et du long terme. Une absence de véritable pilotage stratégique conduit à une gestion non proactive. L’entreprise est alors en position de subir les évolutions au lieu de les intégrer dans une trajectoire réfléchie.
Une évolution par à-coups
L’assouplissement des conditions d’accès aux TRV intervenu début 2025 témoigne de l’instabilité relative du cadre réglementaire. Celui-ci s’ajuste à la conjoncture économique et énergétique, et n’est donc pas garanti dans le temps. Les critères d’éligibilité eux-mêmes peuvent changer de typologie. Ils sont ainsi passés de la puissance à la taille économique. Rappelons qu’en 2016, les tarifs vert et jaune avaient été totalement supprimés, réservant le TRV électricité aux seuls compteurs de moins de 36 kVA. Nous sommes ensuite revenus à des critères d’éligibilité selon les effectifs (moins de 10 personnes) et le chiffre d’affaires (moins de 2 M€/an). On voit que ces évolutions ne suivent pas une direction continue. Il s’agit plutôt d’une logique de réglages successifs, par à-coups au gré du contexte. Ce caractère réversible rend la dépendance passive risquée, et l’anticipation nécessaire.
TRV : une décision à réinterroger à chaque renouvellement
Même sans changement réglementaire, chaque échéance contractuelle crée de façon récurrente un espace de décision, qu’il soit saisi ou non. La question n’est alors pas de savoir s’il faut conserver ou quitter une fois pour toutes le tarif réglementé. Celui-ci peut en effet être pertinent à un instant donné, et moins adapté à un autre. L’idée est davantage de s’inscrire dans une trajectoire que d’énoncer un verdict.
Dans cette optique, comparer TRV, offres de marché ou la possibilité de modalités hybrides en cas de multisites devient un réflexe de bonne gestion. Et ne pas arbitrer, ou reconduire par défaut, constitue aussi une décision, avec ses conséquences éventuellement délétères.
TRV ou offres de marché : comment comparer sans biais ?
| Axe de comparaison | TRV électricité | Offres de marché | Clé de lecture stratégique |
| Lisibilité et prévisibilité | Simplicité de lecture et cadre tarifaire clair. Visibilité surtout à court terme, liée aux décisions réglementaires. | Contrats plus structurés, parfois plus complexes. Modalités d’évolution de prix définies contractuellement. | La lisibilité immédiate ne garantit pas une visibilité stratégique dans le temps. |
| Exposition au cadre réglementaire | Forte dépendance aux décisions publiques et aux ajustements réglementaires. | Exposition variable selon le type d’offre (indexée, fixe, partiellement sécurisée). | Les risques existent dans les deux cas, mais ne sont pas de même nature. |
| Souplesse contractuelle | Cadre standardisé, avec peu de marges de manœuvre contractuelles. | Possibilités de choix sur la durée, certaines options ou modalités d’ajustement. | La souplesse peut être un levier, mais elle n’est pas systématiquement un avantage. |
| Adéquation au profil de consommation | Peut convenir à des profils simples et stables. | Peut mieux répondre à des situations spécifiques (multisite, saisonnalité, volumes importants). | La pertinence dépend du profil réel de consommation, pas du statut juridique. |
Le tableau ci-dessus vous offre une grille de lecture comparative, et non un classement. Il ne distingue pas des “meilleures solutions” mais met en regard des logiques contractuelles différentes en vue de structurer la réflexion. Entre TRV et offres de marché, les différences portent avant tout sur :
- la nature des risques,
- la temporalité (court terme vs projection),
- la capacité de pilotage.
En termes de stratégie, les deux formules répondent à des approches fondamentalement différentes :
- lisibilité immédiate vs visibilité stratégique,
- dépendance réglementaire vs engagement contractuel,
- standardisation vs adaptabilité.
La lecture du tableau doit donc se faire à l’aune du profil de consommation réel de l’entreprise et de son organisation (mono/multisite). Son horizon de décision et de ses contraintes budgétaires entrent bien sûr aussi en ligne de compte. Ceci sans oublier que la pertinence d’une option peut évoluer dans le temps.
Choisir en connaissance de cause
Dans le paysage des offres énergétiques, le TRV et les offres de marché répondent à des usages différents. Le TRV reste un cadre légalement accessible pour certaines entreprises, mais son périmètre et ses modalités ont évolué à plusieurs reprises. Ceci en fait un outil conjoncturel, non un socle immuable.
De ce fait, l’éligibilité au TRV ne doit pas suffire à fonder une décision. Chaque échéance contractuelle recrée un moment d’arbitrage, où la pertinence de la solution dépend :
- du profil de consommation,
- de l’organisation (mono/multisite),
- de l’horizon budgétaire.
Si le cadre réglementaire est commun à tous, chaque situation est unique. C’est pourquoi ce qui est juridiquement possible n’est pas toujours stratégiquement pertinent. Dans cette optique, un regard externe permet de prendre de la hauteur par rapport aux habitudes internes. Cela aide aussi à sortir des décisions prises par inertie ou reconduction automatique.
Dans le cadre de l’accompagnement 360° de ses clients , Alliance des Énergies analyse chaque situation en confrontant le cadre théorique à la réalité des usages de l’entreprise. L’objectif est de vous conseiller une décision personnalisée et cohérente dans la durée.
FAQ – TRV électricité et choix des entreprises en 2026
Le TRV électricité reste accessible en 2026 aux particuliers ainsi qu’aux entreprises de moins de 10 salariés dont le chiffre d’affaires annuel n’excède pas 2 millions d’euros. Les conditions d’éligibilité sont susceptibles d’évoluer via la réglementation. Attention, être éligible ne signifie pas que le TRV constitue forcément la solution la plus pertinente sur le plan économique ou stratégique.
Le Tarif Bleu pro correspond au tarif réglementé de l’électricité pour les professionnels disposant de compteurs de faible puissance (historiquement jusqu’à 36 kVA). Il concerne principalement les TPE, commerces et professions libérales. Depuis l’évolution réglementaire de 2025, l’éligibilité ne repose plus sur la puissance souscrite, mais sur la taille économique de l’entreprise. Ceci élargit le périmètre de certains profils professionnels.
L’éligibilité au TRV entreprise se vérifie à partir de critères juridiques : effectif, chiffre d’affaires et statut de l’entreprise. Elle doit également s’apprécier dans la durée, car une hausse de l’activité ou une évolution structurelle (groupe, multisite) peut se solder par une sortie du dispositif. Une vérification régulière est donc nécessaire, notamment à chaque échéance contractuelle.
Non. Le TRV de l’électricité en 2026 s’inscrit dans un cadre réglementaire évolutif. Son périmètre, ses modalités de calcul et ses conditions d’accès ont déjà varié plusieurs fois. Le TRV constitue un outil conjoncturel, mais ne garantit ni stabilité ni visibilité budgétaire à moyen ou long terme.
Le choix entre TRV et offre de marché dépend avant tout du profil de consommation de l’entreprise, de son organisation (mono ou multisite) et de son horizon de décision. Le TRV offre une lisibilité immédiate mais peu de possibilités de pilotage. Les offres de marché permettent des constructions contractuelles plus adaptées, au prix d’une complexité accrue. Comparer ces options à chaque échéance de renouvellement permet d’éviter une reconduction par défaut.